Bonjour, c'est la CGT
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Intoxiqué(e) à la R.G.P.P. ?
Vite, un bon coup d'information syndicale !
Par exemple les bulletins de nos camarades de
l'A.S.P.
Cliquez sur les liens ci-dessous
(format pdf.)
CoGiTations_n-16.pdf (ça vient de sortir)
Solidarité sans frontières
CEDETIM
Amnesty International
CADTM abrogation de la dette http://www.cadtm.org
Amérique Latine
Et ce n'est qu'un début...
« Mais le plus terrible ravage fut dans le monde des banquiers où l’or se vendit au prix du plâtre et le cigare au prix du mégot[1] »
Le journal L'Union du Cantal du 23 avril 2008 rapportait les propos tenus par l’économiste Philippe Chalmin lors d’une conférence agricole tenue dans le noble département du Cantal.
«Nous vivons un moment historique, une situation économique comme jamais nous n’en avons connue par le passé » (…) « L’évènement majeur de ce début de 21e siècle est que les marchés agricoles s’envolent eux aussi ».« A l’été 2006, une parenthèse historique s’est fermée : celle ouverte le 15 août 1936 avec la création de l’Office du blé qui mit fin aux fluctuations du marché des céréales. » « 70 années de protection, de marchés régulés et organisés. (…) En supprimant les subventions à l’exportation et en synchronisant les prix européens et mondiaux des céréales, l’Union européenne et l’OMC ont donc fait le choix de basculer du stable à l’instable ».
On voit les résultats de cette politique européenne sous nos yeux. Après que divers doctes experts nous eurent expliqué que les prix agricoles étaient « durablement élevés », on retrouve aujourd’hui une situation bien mieux connue et bien plus habituelle : celle de prix agricoles bas. Et en Europe on arrive à cumuler au moins 4 crises simultanées, celle du lait, celle du porc, celle des fruits et celle qui s’annonce pour les céréales.
Dans l’histoire, la tendance profonde en matière de prix agricoles est à la baisse. On pourrait multiplier les explications. Mais une seule suffira pour éclairer le problème. Les gains de productivité ne s’arrêtent pas. Malthus avait tort et a encore tort. La planète est capable de nourrir sa population parce que les agriculteurs sont de plus en plus performants, parce que l’agronomie est plus efficace, parce que les techniques modernes permettent de nouvelles méthodes de production, parce qu’il existe de nombreuses terres non utilisées. Et de plus on est en mesure de produire plus en utilisant moins d’intrants et de façon plus propre. Et les progrès possibles dans le domaine sont certainement très élevés car l’amélioration des rendements avec un usage raisonné et raisonnable des substances chimiques ne fait que commencer. Malgré la misère de l’agriculture du tiers-monde, les politiques économiques massacrant les agricultures vivrières, les populations ne se laissent pas faire et tentent par tous les moyens d’assurer leurs subsistances.
La langue de bois des économistes nous explique que « les agriculteurs répondent aux signaux du marché », mais la plupart d’entre eux de par le monde répondent tous simplement aux cris de leurs enfants ou de leur famille. Et les gouvernements des pays les plus déficitaires en produits agricoles craignent comme la peste « les émeutes de la faim ». Ils mettent et maintiennent des protections et des subventions pour assurer autant que faire se peut une alimentation digne de leur population malgré tous les bons conseils du FMI et de la Banque mondiale.
Mais les cycles de la production agricole sont peu prévisibles. Car la production agricole dépend d’abord de la pluie et du beau temps. Et l’un comme l’autre sont capricieux et volages. Le seul moyen de se prémunir des aléas climatiques est d’organiser une politique qui permette de faire face à l’imprévu.
D’où le besoin de constituer des stocks, d’assurer aux agriculteurs des prix rémunérateurs qui encouragent la production, et de réguler celle-ci lorsque la machine s’emballe. D’où la nécessité aussi de protéger les agricultures faibles face aux agricultures fortes. Comment croire qu’un producteur de coton du Niger puisse entrer en compétition avec un farmer du Texas qui dispose des meilleurs outils de production et au surplus reçoit des subventions à la production qui à elles seules font rêver tous les producteurs de coton africains ?
Mais c’est cette politique-là, visant à discipliner les marchés, que l’UE, grâce à José Manuel Durão Barroso, Marian Fischer Boel et, last but not least, Michel Barnier, tente de définitivement abandonner. Ils ont pris quatre décisions majeures :
· l’abolition des quotas laitiers,
· la fin de l’intervention pour les céréales
· l’abolition de la jachère
· et le découplage complet des aides directes.
C’est le marché qui doit maintenant permettre d’organiser le monde.
Le paradoxe veut que ces décisions soient prises au moment où l’effondrement du système financier international prouve l’inanité d’une telle politique, mais rien n’y fait. La machine européenne, tel un train fou, prône le « laisser faire laisser passer » et ressuscite Adam Smith et la « main invisible du marché ».
Or le marché est en train de prouver sous nos yeux qu’il est incapable d’organiser autre chose que le désordre, la pagaille, voire le chaos.
1) Les cours du sucre flambent comme au temps de la pire des spéculations dans les années 1970.
Raison : la faiblesse de la mousson en Inde qui provoque une forte chute de la production 26 à 14 millions de tonnes d’une année l’autre. Les autorités indiennes ont décidés de suspendre le lancement d’un contrat à terme sur le sucre à Mumbaï (Bombay du temps de la colonisation britannique). En réponse les cours sur les marchés à terme se sont envolés.
2) Les cours du porc désespèrent les producteurs
En dépit d’une baisse de la production les cours ne remontent bas. Car les exportations se sont réduites. La crise financière a provoqué un très fort recul du pouvoir d’achat en Russie (le chômage y a été multiplié par deux) et en Ukraine. Les importations de ces pays en provenance de l’UE ont chuté.
2) Les cours du lait sont au plus bas.
Ainsi le prix des 1000 litres de lait est passé 268 € en 2006, à 344 € en 2007, pour se replier à un niveau inconnu depuis au moins 15 ans : 250 €. En Australie, les prix sont passés
de 1427 $ US/t en juillet 2006 à 3054 $ US/t en mai 2007.
En 2008, Fonterra la plus grosse entreprise laitière néo-zélandaise, qui assure 90% de la commercialisation du lait local et assure 40% des ventes de poudre de lait sur le marché mondial, lance un système d’enchères par Internet pour fixer le prix du lait… Aux Etats-Unis c’est sur un marché à terme, à Chicago, que les prix se fixent… Et la plus grosse société locale de lait s’est vu infliger une amende de 12 millions de dollars pour avoir manipulé les cours…
C’est ça le marché pur et parfait : le renard libre dans le poulailler libre. La loi du plus fort est toujours la meilleure.
Le système des quotas laitiers a assuré en Europe une stabilité des cours et une adaptation de l’offre à la demande. Sa remise en cause provoque une déstabilisation des marchés et ruine les agriculteurs. Alors on relance l’intervention sur le lait, mais l’intervention ne peut être un moyen de régulation. Elle ne peut être qu’un moyen conjoncturel pour passer une mauvaise passe. Il faut garder un moyen de maîtriser l’offre et ce moyen dans le secteur laitier a justement été les quotas.
3) Les cours des céréales chutent
Après une grave crise en 2007/08, les cours se sont repliés sous l’effet d’une production record en 2008 et d’excellentes perspectives pour les récoltes 2009. Les cours de l’orge sont en dessous du prix d’intervention dans la quasi totalité des pays de l’UE, et les cours du blé sont fermement orientés à la baisse. Le plus probable est l’on que se dirige vers des offres importantes à l’intervention. Ce mécanisme a pour but d’empêcher les cours de dégringoler selon les seules lois du marché.
Or la Commission et le Conseil des ministres (avec l’accord de la France), ont décidé de supprimer le principe d’une intervention automatique dès que les cours descendent en dessous d’un certain niveau à partir de juin 2010. En expliquant qu’avec des cours durablement élevés il n’y avait plus besoin de ce mécanisme. Seul bémol, le blé restera interventionable à hauteur de trois millions de tonnes (ce qui est très peu pour une production de l’ordre de 130 millions de tonnes) et la Commission n’exclut pas de prendre des mesures spécifiques pour les autres céréales si le besoin s’en fait sentir.
Or l’irrégularité des cours des céréales en fonction des volumes récoltés fait que l’on passe facilement de cours trop hauts à des cours trop bas. D’où l’idée de régulariser ces cours par le mécanisme de l’intervention. L’UE achète quand les cours sont bas et revend quand les cours sont trop haut.
On peut ajouter une autre décision à la déréglementation : l’abolition de la jachère. Plutôt que de mettre le taux de jachère à zéro et de se donner les moyens de réexaminer périodiquement la situation la Commission a décidé d’en finir avec ce système et de ne garder que la jachère volontaire, en espérant, là encore, que le divin marché assurera tout seul un ajustement de l’offre à la demande. Mais là aussi, c’est oublier qu’une sécheresse ou des inondations ont beaucoup plus d’importance que le marché. Si les deux dernières récoltes ont été abondantes, c’est d’abord le fait de rendements bons, voire exceptionnels, à travers le monde. Ils ont, assurément, été encouragés par les prix élevés. Mais aussi et peut-être surtout par des conditions climatiques quasi idéales à l’échelle de la planète.
En ces temps où l’on ne cesse d’insister sur les conséquences du réchauffement climatique, pour imposer par exemple, une taxe carbone, on fait en agriculture comme si les lois les plus élémentaires de la nature avaient disparu, alors qu’au contraire tous les météorologues insistent sur la plus grande variabilité du climat. On cherche à comprendre.