Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 21:43



Voilà un sujet qui ne devrait pas laisser indifférents les agents de notre établissement en charge des produits de l'agriculture mais aussi de la mer. L'aquaculture industrielle est présentée comme une des solutions au risque de crise alimentaire. Le ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche y croit fermement. Pourquoi pas ? Dans l'histoire de l'humanité l'élevage a pris le pas sur la chasse et ceux qui font la fine bouche à propos des poissons d'élevage ne se nourrissent pas pour autant de sangliers assommés à coups de menhir. Le risque d'épuisement des ressources halieutiques n'a rien d'imaginaire, la réglementation se fera forcément plus draconienne et les gouvernements ne pourront pas longtemps fermer les yeux sur les excès de leurs flotilles au prétexte que les voisins font pire. Un retour à une pêche plus artisanale limiterait sans doute les gaspillages tout en préservant des emplois, mais le nombre de prises ne saurait de toute manière augmenter.

Mais voilà, si l'on n'est pas obligé de suivre le déplorable exemple de la perche du Nil et si la pisciculture ne donne pas obligatoirement des cauchemars à Darwin, l'aquaculture industrielle n'est pas exempte de dangers. Premièrement sa rentabilité repose sur une production de masse. Or si vous essayez de mettre trop de poissons dans votre aquarium la mortalité s'accroit. D'où le recours aux antibiotiques et aux produits phytosanitaires. Deuxièmement les poissons font caca dans leur parc et comme ils sont nombreux une grande quantité d'excréments vient tapisser les fonds marins, qui dépérissent alors par manque d'oxygène. Troisièmement les poissons sont nourris pour croître le plus vite possible, comme de vulgaires poulets de batterie ; on les gave donc de farines et d'huiles de poissons, ce qui stimule une pêche marine excessive. Enfin le produit fini est plus gras que ses congénères sauvages et pas forcément plein d'omégas 3 ; les qualités nutritionnelles sont généralement inférieures.

 

Ce qui précède ne condamne pas forcément l'aquaculture, dont on pourra difficilement se passer dans les prochaines décennies, mais appelle à la vigilance. Dans ce domaine aussi la voracité des capitalistes peut faire des ravages et l'exemple du Chili est éclairant : une épidémie d'anémie infectieuse a ravagé les fermes aquacoles, malgré ou à cause de l'usage délirant des antibiotiques. Ce type d'épidémie est d'autant plus grave que chaque année des centaines de milliers de poissons s'échappent des élevages et propagent les maladies en eau libre. En 2007, la salmoniculture chilienne a utilisé 600 fois plus d'antibiotiques que les élevages norvégiens, pour une production similaire. 40% appartenaient à la famille des quilénones, un produit interdit dans de nombreux pays, le pire étant qu'une multinationale norvégienne utilise dans ses installations chiliennes des "médicaments" prohibés en Norvège.

L'encéphalite spongéiforme bovine a fait bien plus de ravages en Grande Bretagne qu'en France, non que nos vaches soient moins enclines à la folie mais parce que les contrôles étaient plus stricts. La grippe qui nous menace est sans doute partie d'un élevage industriel de porcs implanté par une firme américaine au Mexique. Les algues vertes ont aussi quelque chose à voir avec les gigantesques porcheries industrielles. A méditer alors que d'aucuns voudraient bien privatiser les contrôles, en laisser la maîtrise à des organisations professionnelles forcément juges et parties. Pour ne pas prendre des risques inconsidérés avec l'aquaculture, il faudra qu'une réglementation sévère encadre son développement, limite la dimension des élevages et impose des normes sanitaires. Faute de quoi les apprentis sorciers du libéralisme mettront en danger la planète et ses habitants.

Publié dans : Agriculture
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